Res Nullius : la vie sauvage à Bruxelles
Non, il ne s'agit pas d'un film sur les hooligans ou les passeurs de drogue, mais bien sur la faune sauvage qui cohabite sur le territoire de la ville.
Je sors à peine du cinéma Aventure, mon cinéma préféré à Bruxelles et j’ai ressenti l’écriture de cet article comme une véritable urgence. Parce que le film lui-même nous parle d’une véritable urgence : celle de réconcilier ville et faune non-domestiquée, animaux sauvages et humains à peu près apprivoisés.
Res Nullius, pour ceux qui n’ont pas fait de latin ou qui ont préféré oublier les interminables listes de déclinaisons, c’est un bien, vivant ou non, qui n’a pas de propriétaire, pas de maître. Cette notion est latine parce qu’elle nous vient du droit romain. Et cet héritage bimillénaire est ce qui régit, aujourd’hui encore, le droit de la faune sauvage. Contrairement à la législation sur la protection des animaux domestiques.
Des animaux bien présents bien qu’invisibilisés
Des animaux devenus invisibles. Avec de belles réussites comme l’implantation du renard qui vit avec nous depuis une trentaine d’années. Sans qu’un seul cas de morsure ou de transmission de maladie ait été décelé. Ou encore, la réintroduction du faucon pélerin depuis vingt ans.
Aujourd’hui, le sanglier fait son apparition dans la forêt de Soignes, il il vit à l’abri des chasseurs. Et en bonne intelligence avec les promeneurs. Ou encore, le castor, qui a profité de la remise au jour d’une partie de la Senne pour revenir vivre à nos côtés.
Mais, pour quelques belles réussites, combien de pertes, de vies sacrifiées, de nature saccagée ! Nous pourrions dire avec cynisme “Vae Victi” (le fameux “Morts aux vaincus” de Vercingétorix). Mais, personne ne gagne à ce jeu. Car, le film nous rappelle, par la voix d’experts inattendus, tel Leo Van Broeck, ex-bouwmeester flamand, que si l’abondance d’espaces verts est profitable à la nature, elle est essentielle au confort et à la survie des humains.
Un film et aussi, un très beau manifeste
Le film est aussi un manifeste. Ne vous enfuyez pas ! Manifeste ne suppose pas une glose insipide ou imbuvable à l’instar de la propagande stalinienne. Non, c’est à travers des images souvent sublimes, fréquemment surprenantes, toujours touchantes ; à partir de dialogues amicaux et experts accessible à tous ; fondé sur des témoignages passionnés autant qu’expérimentés - qu’il nous touche et nous avertit : nous ne survivrons pas à la sixième extinction. Une extinction plus rapide et plus massive que les cinq précédentes.
Le fim met aussi l’accent sur les inégalités sociales face à l’accès à la nature : ce sont les habitants les moins polluants qui sont le plus exposés aux diverses pollutions. Et les plus éloignés des espaces verts : dix minutes pour les communes “vertes” du sud de la ville, 20 à 30 minutes pour les quartiers du nord. La pression des développeurs immobiliers pousse à construire toujours plus alors que le nombre de logements vides est sidérant.
Il va falloir changer la ville, modifier nos comportements. Vivre en bonne intelligence avec une faune diverse et changeante, elle aussi. Car la destruction des habitats sauvages pousse les animaux à s’adapter à la ville. A nous d’adapter la ville à cette cohabitation vieille de dix millénaires mais avec une pression urbaine de plus en plus destructrice. Pour eux comme pour nous.
Res Nullius, un film magnifique de Thomas Jean, avec le soutien de citoyens buxellois, soucieux de l’avenir de leur ville et de leurs enfants. A voir dans votre cinéma préféré.




Une belle découverte❤️ merci cher Marco