Bellezza e Bruttezza : la Beauté et la Laideur à la Renaissance
Bozar nous offre un double regard croisé sur l'art de la Renaissance et sur nos conceptions du beau et du laid.
Le mythe de la Belle et la Bête n’a attendu ni Jean Cocteau ni Walt Disney. Qu’est-ce qui nous enchante ? Qu’est-ce qui nous révulse ? C’est une question philosophique obsédante depuis l’esthétique d’Aristote jusqu’aux contemporains comme l’Espagnol Eugenio Trias ou feu Roger Scruton, le conservateur Britannique pourfendeur des théories artistiques opposées au concept du beau.
Une fascination pour le laid et le répugnant
Pour des raisons opposées, ou tout au moins diverses, les trognes des monstres et des vieillards cacochymes nous fascinent autant que les minois des modèles raphaéliens. Qui peut prétendre que Quasimodo est une figure moins mémorable que celle d’Esméralda ? Les visages grimaçants qui entourent le Christ dans le portement de croix de Bosch sont fascinantes (vous pouvez les admirer au MSK de Gand, en parallèle à l’exposition Inoubliables). Tout aussi fascinant est celui, ridé et déformé, de la vieille duchesse de Quentin Massys, inspiré d’une caricature de Leonardo da Vinci. Massys aussi capable de magnifier cette laideur repoussante que de sublimer la beauté de la jeunesse dans le portrait touchant qu’il fait de Marie-Madeleine. Une figure tout en retenue et en recueillement, opposée à la sensualité parfois brutale de ses homologues italiens. Une toile que vous pouvez admirer au Musée des Beaux-Arts d’Anvers.
Aux Etats-Unis, les Freak Shows, ces cirques itinérants de sinistre mémoire exposaient des personnes handicapées au regard de foules avides, probablement pour se rassurer sur leur propre normalité. Un phénomène que Todd Browning a capté avec une rare acuité dans son film Freaks, film culte sorti en 1932, un an après son Dracula, une autre forme de monstruosité.
Une relation spéculaire entre le beau et le laid
Les monstres n’ont pas manqué au Moyen Age, mais c’est surtout à la renaissance, plus centrée sur la terre et l’homme que sur le ciel et les anges, que les concepts de laideur et de beauté ont préoccupé tant les hommes que les femmes. Les traités cosmétiques se sont multipliés de même que les caricatures d’êtres contrefaits ou mutilés. Beauté et laideur nous ont attirés dans une relation spéculaire, l’une reflétant une vision déformée de l’autre.
C’est cette relation spéculaire, en même temps qu’un regard croisé entre peintres du Nord et du Sud, que Bozar nous invite à explorer avec cette nouvelle exposition Bellezza e Bruttezza (beauté et laideur).
Centrée sur les XVe et XVIe siècle, un tournant majeur dans notre appréciation de ces phénomène, elle nous propose des oeuvres d’artistes majeurs tels Raphaël, Titien, Tintoretto, Botticelli, Leonard de Vinci, Michel-Ange, Cranach l’Ancien ou encore Quentin Massis. Certaines de ces oeuvres sont exposées pour la première fois en Belgique. Ne manquez pas cette occasion d’expérimenter ces émotions contradictoires.
Bozar, Galerie Ravenstein, Bruxelles, du 20 février au 14 juin 2026, Bellezza e Brutezza.





Merci beaucoup.
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